NOTHING FROM THE FUTURE | PHYLLIS BALDINO
(ETATS-UNIS)

15 > 31 mars | CREATION EN RESIDENCE VIDEOFORMES
SALLE GILBERT-GAILLARD | 2 rue Saint-Pierre
Ouverture : du mardi au samedi 10h > 18h | Le dimanche 14h > 18h

Entrée libre

Nothing from the future

Création en résidence VIDEOFORMES.
Co-production Phyllis Baldino / VIDEOFORMES,
avec le concours de Clermont Auvergne Métropole dans le cadre de sa politique de création, et le soutien de la Drac Auvergne-Rhône-Alpes / 2018.

Nothing from the Future part du principe qu’il y aura toujours des prédictions sur l’avenir, mais se concentre sur le quotidien dans lequel il ne se passe, en général, rien. Bien entendu, il y a des journées qui sont plus extraordinaires que d’autres, mais globalement, les jours se suivent et se ressemblent. Ce que je recherche, c’est ce qui constitue ce « rien » : des actions qui auront lieu dans le futur, à un moment indéterminé. « Tu ne devineras jamais ce qui m’est arrivé aujourd’hui ! Tu ne vas pas me croire ! Absolument rien ! »

Projet réalisé sur plus de trois ans, Nothing from the Future s’inscrit dans la continuité de mes œuvres construites autour d’un processus qui évolue dans le temps et exige un gros travail de recherche. Je réalise moi-même toute la pré-production, je me charge des prises de vue avec accessoires et personnages, de la production, de la postproduction, de l’enregistrement audio et vidéo, et du montage.

Nothing from the Future est une installation vidéo synchronisée à neuf écrans utilisant des enceintes Bluetooth. J’ai toujours rêvé de faire une installation vidéo entièrement sans fil. Ma collaboration avec l’équipe d’Apple m’a permis de mettre cela en place. Tous les composants sont indépendants, aucune connexion Internet n’est requise. Les films passent sur des iPads fixés en l’air parallèlement les uns aux autres en un grand cercle de plus de quatre mètres, les images tournées vers l’extérieur. De petites enceintes Bluetooth rondes sont également suspendues au plafond, une pour chaque écran. Il y a un total de 60 segments, 35 clips courts et 25 films muets abstraits. Ces images ont été tournées en temps réel, sans animation ajoutée ni postproduction. Elles montrent une autre vision de l’avenir. Un écran propose un clip sonore tandis que les extraits muets sont joués sur les huit autres écrans. Les écrans sont synchronisés de façon aléatoire, mais ils donnent l’impression de ne pas être synchronisés du tout.

Les scènes montrent des environnements privés ou professionnels ou des observations, comme si les personnages et les actions étaient une routine. Le son s’est avéré une composante cruciale de cet ensemble. Les bruits dans toutes leurs formes sont de plus en plus présents dans notre vie : bips, tintements, sons de cloche, vrombissements, chansons, voix... Ils sont permanents. Je mélange le son enregistré sur le terrain avec des sons additionnels de diverses origines.

Selon où il se trouve dans l’espace de l’installation, le spectateur pourra ou non regarder un clip. Il se peut qu’il entende du son au loin mais ne voie pas la source vidéo associée. Imprévisible et déconcertante, cette expérience déroute le spectateur un peu à la manière de la surenchère d’informations dont nous mitraillent nos outils technologiques au quotidien. Le public est amené à imaginer dans quelle proportion ce phénomène risque de s’amplifier à l’avenir.

Pour concevoir cet environnement du futur, j’ai filmé à Bonneville Salt Flats, le désert de sel de l’Utah. C’est une version surréaliste de ce qui nous attend. J’ai imaginé une vie future dans un tel environnement. Que se passerait-il ?

Installation synchronisée sans fil à neuf écrans, 2013-2016
Couleur/son
27 minutes et 23 secondes
28 vues par écran

Remerciements : Paul Pacun, vablet.com, the makers of Signage.

Sous-titrage en français :
VIDEOFORMES, avec Laura Bertrand, Issam Bendehina, Kelly Cornu, Raphael Goutte , Farida Kaddour, Edouard Seve, Master Traduction Audio-visuelle Daniel Rodrigues & Gabriel Soucheyre, LCC, Université Clermont Auvergne

NOW IS HERE | PHYLLIS BALDINO
(ETATS-UNIS)

15 > 31 mars | INSTALLATION VIDEO
CHAPELLE DE L’HÔPITAL GENERAL | Rue Sainte-Rose
Ouverture : du mardi au samedi 11h > 19h | Le dimanche 14h > 18h

Entrée libre

Now is here

À l’automne 2016, j’ai lu La renaissance du Temps, du théoricien de la physique Lee Smolin. Lee a participé à mon œuvre about symmetry symmetry about (2002). Nous sommes restés en contact au fil des années et il m’a conseillé de lire son livre. L’idée du temps m’a toujours fascinée. Certaines de mes réalisations portent sur des concepts liés à la notion de temps. Dans l’introduction de La renaissance du Temps, Lee écrit : « Chaque voyage comporte une leçon, en ce qui me concerne, cela a été de réaliser à quel point une idée radicale peut être contenue dans le simple énoncé que le temps est réel. Ayant commencé ma vie scientifique en quête de l’équation au-delà du temps, je crois maintenant que le secret le plus profond de l’univers est que son essence tient dans la façon dont il se déploie dans le temps, d’instant en instant. »[1]

Après la lecture de ce livre, j’ai décidé de réaliser une vidéo sur l’idée du « maintenant ». Ironie du timing, l’élection présidentielle américaine du mois de novembre a débouché sur l’arrivée à la Maison-Blanche d’une star de la télé réalité. J’ai choisi de ne pas mentionner le nom de notre nouveau président, ni sa voix ou son apparence. Bien qu’il ne soit pas représenté au sens propre, il est présent sous d’autres formes. Il s’est trouvé que mon premier déplacement prévu en janvier était à Cuba. Les États-Unis et Cuba traversent un moment inédit de leur histoire. Tous ces facteurs sont entrés en jeu dans la naissance de Now is Here.

J’ai entamé le tournage en janvier en filmant les mains des gens pendant qu’ils me confiaient leur définition du mot « maintenant ». Filmer leurs mains était un moyen de leur permettre d’oublier un peu la caméra. Je voulais leur rendre la tâche plus facile et tout en rendant la mienne plus abstraite. J’avais fixé une seule règle : pas de noms propres. J’avais à cœur de n’enregistrer que leurs pensées, et pas de dénominations de personnes ou de choses. Les vingt-cinq personnes que j’ai choisies avaient tous des métiers différents. Leurs définitions de « maintenant » vont du personnel au politique en passant par le philosophique.

Les Cubains ont montré un incroyable enthousiasme dans leur participation, bien que je ne les aie jamais rencontrés avant. Eloisa Hernández Janeiro a été interprète en simultané pour Fidel Castro et pour les présidents Obama et Carter lors de leurs visites à Cuba. Eloisa est une personne naturellement avisée. Elías Aseff Alfonso, guide afro-cubain à la Havane, est un homme exceptionnellement franc, direct et ouvert. Parmi les autres participants, il y a René Gonzalez, guide spécialisé dans l’histoire de Cuba, Alexander Gonzalez (le jeune frère de René), Reinier Menendez (guide et programmateur au centre Martin Luther King de la Havane), Solveig Font (conservatrice d’art), Julio Llópiz-Casal (artiste visuel), et Hanser Ponce Blanco (mon hôte Airbnb).

Parmi les gens que j’ai filmés chez moi à New York, on trouve des collègues en arts visuels (Mark Harris, Nate Heiges, Pam Lins, Robin Lowe, Halsey Rodman, Kathleen Ruiz, Amy Sillman, Katie Vida), le concierge d’un petit immeuble résidentiel de Greenwich Village (Keion Bryant), un jeune flûtiste (Jonah Murphy). Le paysage politique était en plein bouleversement aux États-Unis, tout changeait d’heure en heure. C’était non-stop. Pendant la réalisation du projet, je filmais constamment la télévision avec mon iPhone pour conserver des images de ces événements. Il ne s’agissait pas de réaliser des images de qualité, mais de capter les contenus et les commentaires. Entre les séquences filmées sur le vif, on assiste à l’actualité sous diverses formes, remaniée si besoin. L’ancien directeur de la communication de la Maison-Blanche, Sean Spicer, fait plusieurs apparitions. Plutôt que de montrer ses mensonges sur le nombre de personnes présentes à l’investiture présidentielle de 2017, j’ai préféré inclure un extrait de mon film Finally (2009) montrant la prestation de serment d’Obama sur l’Esplanade Nationale devant une foule en délire.

Le massacre de Bowling Green était une fausse nouvelle inventée par Kellyanne Conway, conseillère du président. Or, il existe un parc appelé Bowling Green au sud de Manhattan. C’est le parc le plus ancien de New York. Quand j’y suis allée pour filmer, j’ai eu la plus belle des surprises : les New-Yorkais avaient déposé des fleurs et des cartes près de la plaque du parc. C’est la scène finale de mon passage dans ce lieu. Le fait divers était fictif, mais les New Yorkais ne connaissent que trop bien la réalité dans laquelle nous vivons.

[1] Smolin, Lee, La renaissance du Temps, 2013

Installation à un écran
18 minutes 58
couleur/son
2017

Sous-titrage en français : VIDEOFORMES, avec Sacha Limouzin, Pauline Azevedo, Amélie Rolland, Master Traduction Audio-visuelle Daniel Rodrigues, Leisha Lecointre & Gabriel Soucheyre, LCC, Université Clermont Auvergne, et Roxane Delage.

Phyllis Baldino

Phyllis Baldino est une artiste américaine, résidente à VIDEOFORMES en 2017/2018 (avec le soutien de Clermont Auvergne Métropole et de la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes).

Un de mes meilleurs souvenirs de mes années d’études aux Beaux-Arts, c’est quand j’allais à la bibliothèque m’asseoir dans une petite cabine munie d’une platine vinyle et d’un énorme casque pour écouter Indeterminacy, collaboration sonore de John Cage et David Tudor (1959). Cette composition était à la fois si riche et si simple – drôle, intelligente, décalée, superbe, étonnante, captivante, déjantée, sincère et j’en passe – qu’elle a définitivement changé ma vision de l’art. John Cage avait fixé des règles pour cette œuvre : il avait une minute pour raconter une histoire, et David Tudor, dans la pièce voisine, ne savait ni quand il parlait ni ce qu’il disait. Bien que tout soit basé sur le hasard, le résultat est d’une perfection hallucinante. C’est dans cet esprit que je me donne parfois des règles simples pour mes œuvres qui laissent de la place au hasard.

Depuis 1993, je me consacre en priorité à la vidéo. À cette époque, je venais de décrocher mon diplôme en sculpture et mon travail était très axé sur le cheminement. Au début des années quatre-vingt-dix, quand j’habitais à Los Angeles, on m’a offert une caméra Sony Handycam 8mm. Dès que j’ai commencé à filmer, ce fut une révélation : l’appareil était un prolongement de ma main. Et comme ma main était devenue la caméra, filmer le processus de création est devenu l’œuvre à part entière. J’ai commencé à réaliser des vidéos sur la fonction, la réalité physique et la transformation des objets de tous les jours.

L’œuvre est conceptuelle et souvent initiée par une information scientifique ou des idées philosophiques. Quelques exemples de ce type d’œuvres :
Gray Area Series (1993-1994) : en réponse à la « logique floue »,[1] sur une chose qui est à la fois « ce qu’elle est » et « ce qu’elle n’est pas ».
Unknown Series (extraits) (1994-1996) : des objets inconnus transformés par des personnages inconnus.
None-cadabra (1998) : abstractions manuelles issues de la nanotechnologie.
Baldino-Neutrino (2003) : sur le projet Neutrinos du CERN vers le Gran Sasso en Italie.
Out of Focus Everything Series (2006-2010) : images filmées pluridimensionnelles sur la Théorie du Tout.
TraitFee (2012) : vos données personnelles apparaîtront sur votre corps si vous ne payez pas votre cotisation.

[1] McNeill, Daniel et Freiberger, Paul, Fuzzy Logic: The Discovery of a Revolutionary Computer Technology – and How it is Changing the World, 1993

phyllisbaldino.com